Cipango de Jean-Marie Blas de Roblès, le Male Gaze en 12 paragraphes
Le 16/10/2026 par Sosthène Guédon
Le male-gaze
Le roman Cipango de Jean-Marie Blas de Roblès, est un exemple frappant de ce qu'est le Male Gaze.
Selon Wikipedia, "On parle de male gaze lorsque les personnages féminins sont sexualisés et que la caméra s'attarde, par exemple, sur les formes d'un corps féminin". Pas de caméra dans un livre, mais c'est exactement ce que le narrateur de ce livre fait en décrivant physiquement les personnages. Il suffit de comparer comment sont décrit·es physiquement les hommes et les femmes protagonistes de ce livre pour s'en rendre compte.
Le Male Gaze est un concept qui peut être difficile à comprendre et intuiter. Je pense que ce livre présente un exemple très flagrant et reconnaissable du Male Gaze. J'espère que ce post de blog permettera à certains de comprendre plus concrètement ce dont il s'agit.
Comment les hommes sont présentés
Donato Belmonte
Page 13, Donato Belmonte est présenté ainsi:
Jeune homme au visage d'ange et à la barbe clairsemée, avec de longs cheveux châtains sous un bonnet à larges bords relevés, fort seyant quoique passé de mode. Un menton ferme, toutefois , et des yeux gris-vert laissaient deviner quelqu'un de sourcilleux sur les questions d'honneur
António Da Mota
Page 87, António Da Mota:
À peine plus âgé que Francisco, c'était un homme de haute stature, avec un embonpoint qui dénonçait un goût excessif pour la ripaille. Cheveux roux et bouclés en courtes mèches, nuque grasse, son visage rond s'ornait d'une maigre barbe en collier; ses yeux obliques, profondément enfoncés dans leurs orbites lui donnaient un faux air de silène
Saito Nobu
Page 225, Saito Nobu:
Bien qu'il fût de taille ordinaire, sa carrure athlétique et sa posture martiale, mains derrière le dos, forçaient la considération. Dans son uniforme blanc, il incarnait sous les projecteurs l'archétype du héros moderne, un samouraï des étoiles dont la gravité sereine reflétait une capacité d'endurance à toute épreuve.
Xavi Nazarov
Page 78, explicitement écrit du point de vue d'Angela:
Le psychiatre lui fait bonne impression: mince, sec et vif comme quelqu'un qui pratique la course de fond ou un art martial. Sous une chevelure déjà grise, rejetée en arrière, des sourcils noirs et broussailleux frangent un regard d'une limpidité déconcertante. Sa seule physionomie la rassure d'emblée sur la suite de l'entretien.
Jason Knox et Li Shuzhou
Les chapitres introductifs de ces personnages n'incluent pas de descriptions physique, et je n'ai pas voulu chercher parmis les 700 pages du livre pour en retrouver.
Comment les femmes sont présentées
Ylona Malone
Page 99, Ylona Malone, parodie d'Elon Musk est présentée:
Cheveux auburn coiffés à la diable, visage aux traits fermes et impassibles, regard pétillant, rien dans sa physionomie ne trahissait qu'elle fêterait demain son cinquantième anniversaire. « Miracle de la chirurgie esthétique », disaient les mauvaises langues, tout en soupçonnant la femme la plus riche du monde - bien plus riche que le plus fortuné des hommes! - d'user de quelque philtre transhumaniste pour conserver son apparente jeunesse.
June O-Fuji
Page 139, June O-Fuji est présentée:
Elle avait rassemblé ses cheveux roux en deux longues couettes qui bouffaient sur sa poitrine. Son visage espiègle, la façon dont elle mordillait le coin de sa lèvre inférieure avant de formuler une phrase, et sa silhouette gracile contrastaient avec l'autorité tranquille de sa personne
Ameesha Waka
Page 202, Ameesha Waka est présentée:
À vingt-neuf ans, Ameesha Waka avait cette beauté insoucieuse qui attire les regards sans chercher à plaire. Ses cheveux noirs encadraient un visage aux traits délicats, avec des yeux noisette, réhaussés entre les sourcils par le point rouge du bindi. Selon l'éclairage, sa peau évoquait le caramel ou les tons d'un pain légèrement grillé. Sa pratique régulière du yoga et du bharatanatyam lui donnait un port magnifique de danseuse. Même vêtue de sa blouse de laboratoire, sa grâce naturelle irradiait.
Angela Tocchi
Page 80, Angela Tocchi est présentée:
C'est une beauté au teint mat et à la chevelure de jais, l'une de ces femmes farouches qu'aucun mâle ne subjugue; à sa respiration bruyante, à ses lèvres pâlies, on devine l'effort qu'elle déploie pour se maîtriser.
Page 168, elle est à nouveau décrite:
Elle se tenait devant lui avec ce sourire singulier, reconnaissable entre tous. Son visage rayonnait d'un bonheur tranquille. Les cheveux ébouriffés, elle portait encore son uniforme de la NASA, combinaison qui mettait en valeur sa carrure de nageuse, ses hanches modelées. Sous le tissu de lycra, les courbes de sa poitrine faisaient bien plus que se deviner, accentuées par le badge qu'elle portait sur le sein gauche. Il y avait une sensualité discrète dans chacun de ses gestes, une grâce naturelle qui la rendaient irrésistible.
Page 354: elle est décrite dans des notes de Nazarov:
Joli cul, beaux seins, sourire d'ange, je me la ferais bien
Page 372, elle prend une douche:
Lorsqu'elle coupe le système, un flux d'air chaud absorbe l'humidité résiduelle. La sensation est étrange, érotique - une caresse éphémère qui laisse sa poitrine tiède et agréablement tendue.
Page 633, elle est observée par Xavi Nazarov:
En l'absence de pesanteur, ses seins, hauts et tendus, semblaient gonflés de sève, Nazarov détailla leur galbe, le contraste subtil de la peau, plus dense autour des aréoles mates. Toutes les trente secondes, un frémissement les animait, comme une invite à les prendre entre ses mains.
De même page 641:
Angela semblait l'attendre offerte sans pudeur dans sa nacelle. Sur ses lèvres inaccessibles, une ébauche de sourire perdurait, fascinant d'ambiguïté.
Est-ce bien Male-Gazy?
Revenons à la définition du Male Gaze présentée initialement: "lorsque les personnages féminins sont sexualisés et que la caméra s'attarde, par exemple, sur les formes d'un corps féminin". Les descriptions de femmes dans ce livre rentrent tout particulièrement dans cette définition.
Même June O-Fuji, dont le narrateur ne commente pas la beauté ou la sensualité, rentre dans ce critère car il s'attarde particulièrement sur ses formes (poitrine, lèvres, silhouette). Seule Ylona Malone ne rentre pas strictement dans ce critère, mais le narrateur commente tout de même sur son apparente jeunesse.